Les débuts, Buenos Aires

Dès sa prime jeunesse, Antonio Asis est attiré par la couleur, comme en témoigne cette anecdote : « Mon intérêt pour l'art a commencé quand j'avais 9 ans. Je me souviens que je n'avais de l'argent que pour m'acheter un tube de couleur. Alors j'ai appris à peindre avec une couleur.1Interview d'Antonio Asis, Éditions Mak, Mike-Art Kunst, 2014 »

Doté d'un talent précoce, Antonio Asis entre à l'âge de 14 ans à l'école des Beaux-Arts de Buenos Aires, et en 1955, il obtient le diplôme de Professeur de Peinture de l'École nationale des Beaux-Arts de Prilidiano Pueyrredón. Durant ces années de formation, l'artiste est initié aux mécanismes de perceptions visuels grâce à l'enseignement d'Héctor Cartier, titulaire de la Chaire de Vision, fondé sur les théories de la Gestalt promulguées par le Bauhaus, et enrichi des idées de Moholy-Nagy et de György Kepes. Antonio Asis se souvient de l'impact stimulant qu'il avait exercé sur lui : « À l'école nationale des Beaux-Arts de Buenos Aires où j'ai fait mes études, j'ai eu la chance d'avoir M. Cartier comme professeur de composition plastique. Il rassemblait des étudiants de différentes classes en les intéressant à la géométrie constructiviste. Il nous parlait aussi des artistes de l'art cinétique en Europe et continuait ses cours avec un enthousiasme fou dans un café proche de l'école. Cet homme a fait connaître l'art géométrique en Argentine et nous lui devons beaucoup.2Voir l'entretien d'Antonio Asis avec Claudine Boni, « Regards croisés. Antonio Asis », La Gazette de l'Hôtel Drouot, Paris, 26 juin 2009, p. 196 »

Dans cette première moitié des années 1950, Antonio Asis fréquente le milieu de l'avant-garde de Buenos Aires, dominé par l'esprit dissident du groupe Madí et celui plus rigoureux du groupe rival, Arte Concreto-Invención. Ces derniers étaient fidèles aux théories promulguées par les concrets zurichois Max Bill et Richard Paul Lohse3Sur l'art concret suisse, on se reportera aux deux catalogues d'expositions dirigées par Serge Lemoine, Art concret suisse : mémoire et progrès, Dijon, Musée des Beaux-Arts, 1982 ; Art concret, Mouans-Sartoux, Espace de l'art concret, Paris, RMN, 2000. Voir également l'étude de Danielle Perret « Art, éthique et engagement », in Les figures de la liberté, Genève, Musée Rath, Genève, Skira, 1995, pp. 188-203, qui défendaient les principes d'un art programmé et sériel, élaboré selon des règles mathématiques, excluant toute expression sensible et individuelle. En réaction à cette approche scientifique de la création, les Madís avaient axé leurs recherches sur la dynamique de l'invention : préférant le cadre polygonal (shaped canvas avant l'heure) au support classique rectangulaire et statique, ainsi que les structures articulées et manipulables des Coplanals4Sur Madí, cf. Arte Madí, cat. exp., Madrid, Centro de arte Reina Sofía, 1997 ; Madí L'art sud-américain, cat. exp. Grenoble, Musée de Grenoble, Paris, RMN, coll. « reConnaître », 2002. Entre géométrie débridée et abstraction rigoureuse, Asis, plutôt que de choisir entre un des deux groupes, a préféré multiplier les recherches et les expérimentations (1953-1955) comme le montrent les quelques rares études qui nous sont parvenues, exécutées au crayon, sur des morceaux de papier glanés ci et là (journal, almanach, feuilles de cahiers...).

Pour parvenir à une expression plastique originale, Asis se rapproche vers 1953 d'abord du cubisme (en témoignent quelques jolis autoportraits exécutés au crayon), puis très vite, il se rallie à une géométrie plus lyrique, jouant des obliques et des courbes, avant de s'orienter vers un langage abstrait plus rigoureux. Durant l'année 1954-1955, il simplifie progressivement sa manière et se concentre sur les questions de géométrie et de mouvement : plusieurs dessins étudient des variations sur la figure géométrique du carré dans le plan ou celles du cube dans les trois dimensions de l'espace.

En 1955, Antonio Asis a l'opportunité d'exposer avec ses amis de l'école des Beaux-Arts de Buenos Aires, Carlos Boccardo et Humberto Ríos au Salón Municipal de Artes Plásticas « Manuel Belgrano ». Quelques rares photos de l'exposition permettent d'entrevoir les tableaux qu'il présente, constitués de l'assemblage dynamique de surfaces géométriques dominées par les aigus.

L'arrivée à Paris, 1956-1959

En quête de savoir et de renouvellement, Antonio Asis ainsi que ses compagnons Boccardo et Ríos, décident de se rendre à Paris en 1956. À cette époque, la ville n'a pas encore perdu son titre de Capitale des Arts et elle continue d'exercer son pouvoir d'attraction auprès des jeunes artistes étrangers. Effectivement, le pèlerinage à Paris constitue une étape incontournable pour parfaire sa formation artistique et rencontrer les maîtres historiques de l'art abstrait encore actifs tels que Herbin, Sonia Delaunay, Pevsner, Arp, Vantongerloo, Kupka, Domela... Ainsi, depuis la fin de la guerre, un certain nombre de compatriotes d'Antonio Asis, tels que Carmelo Arden Quin (uruguayen), Kosice, Maldonado, Melé, Manuel Espinosa, Lidy Prati, Victor Magariños, mais aussi Gregorio Vardanega, ont fait le voyage à Paris - lequel se conclua pour certains par une installation définitive dans la capitale.

Antonio Asis se rapproche de la galerie Denise René qui, depuis l'après-guerre, est devenue le temple de l'abstraction géométrique. La galerie venait de vivre une étape qui s'avérera majeure dans l'histoire de l'art du XXe siècle, avec son exposition Le Mouvement en 1955 qui avait révélé au grand jour les artistes ayant contribué à la naissance de l'art cinétique : Yacoov Agam, Pol Bury, Alexander Calder, Marcel Duchamp, Robert Jacobsen, Jesús Rafael Soto, Jean Tinguely, Victor Vasarely. Partageant la conviction que l'art ne doit pas revêtir d'aspect permanent, ces artistes présentèrent des créations révélant un intérêt nouveau pour les notions de mouvement, d'instabilité, de transformation et de manipulation, en opposition au caractère statique et immuable de l'œuvre d'art classique. Ces idées nouvelles allaient dans le sens des expérimentations élaborées par Antonio Asis en Argentine. Ainsi, il trouva au sein de la galerie Denise René une véritable famille : « J'ai été très bien accueilli car à cette époque tout le monde était pauvre. Pour subvenir à ses besoins, Soto, avec lequel j'étais très lié, jouait de la guitare. Schöffer récoltait de la ferraille aux Puces et moi j'étais peintre en bâtiment (...) Trois années plus tard, Denise René m'a invité à faire partie d'un groupe qui exposait régulièrement en France et à l'étranger dans lequel figuraient notamment Agam, Bury, Soto, Tinguely, Schöffer et Vasarely. 5Voir l'entretien d'Antonio Asis avec Claudine Boni, « Regards croisés. Antonio Asis », op. cit »

Les réalisations d'Asis de la deuxième moitié des années 1950 témoignent de la vitalité de ses propositions et d'une volonté de les orienter vers les questions d'optique. Cette période est marquée par l'apparition majeure du genre du relief dans son œuvre. En 1956, il élabore son premier relief à grille, suivant ainsi le chemin inauguré un an plus tôt par son ami Soto avec ses reliefs en Plexiglas (nous ne disposons malheureusement pas de visuels de reliefs de cette date). Le principe constructif du relief à grille d'Asis, simple et efficace, consiste en la superposition d'une plaque métallique perforée au-devant d'un panneau de fond en bois.

Chacune de ces surfaces constitue une trame de nature différente (l'une est peinte et l'autre est en métal perforé) dont l'interpénétration visuelle produit, au moindre mouvement du spectateur, un sentiment de vibration et d'oscillation spatiale subtile. Dès que ce dernier se meut dans l'espace, le relief s'éveille, cercles, carrés et rectangles se métamorphosent en permanence, avec une grande intensité vibrationnelle. Cet aspect changeant transforme l'œuvre en une entité vivante, lui confère une dimension quasi organique pleinement revendiquée par l'artiste si l'on en croit ses propos : « Cette pièce est vivante. Si tu ne bouges pas, il ne se passe rien. Même moi, je ne sais pas. La peinture est mate mais elle a l'air brillant. Pourquoi ? Pourquoi ça change ? C'est l'espace dans la couleur ? Que se passe-t-il ? Devant une pièce comme celle-ci, tu as besoin de t'éloigner, puis de te rapprocher à la fois. Quand tu es proche, tu vois une composition all over. Et quand tu t'éloignes, tu vois des formes émergeantes, fleurissantes. Il y a un phénomène lié au temps et à la vibration. 6Interview d'Antonio Asis, éditions MAK,
Mike Art-Kunst, 2014
 »


Comme l'a souligné l'historien de l'art Arnauld Pierre, ce passage d'une structure rigide à une structure mouvante rapprochent les reliefs d'Asis de ceux exécutés en Plexiglas par Soto qui se proposaient « en substituant la vibration aux simples relations formelles, de révéler un état profond de la matière et d'accéder par l'art à l'appréhension des forces de l'univers. 7Arnauld Pierre, « Énergies Chromatiques : l'œuvre de Antonio Asis », in Antonio Asis, Sicardi Gallery, Houston, 2007, p. 6 »

Durant cette deuxième moitié des années 1950, Asis a aussi réalisé un grand nombre d'œuvres sur papier comme les « Photogrammes » qui lui permettent d'aborder la géométrie à travers la problématique de la lumière et du mouvement 8Le papier photosensible a été offert à Asis par Adolfo Kaminsky, photographe et ancien expert en faux papiers de la Résistance à Paris. Il est né en 1925 à Buenos Aires et était aussi ami de Soto. Le choix de cette pratique expérimentale l'inscrit dans la lignée des recherches de Moholy-Nagy dont l'ouvrage « Vision in Motion » (1947), vantait « le miracle optique du noir et du blanc (qui nait) du seul rayonnement immatériel de la lumière, sans qu'il soit fait appel à des sens cachés – littéraires ou associatifs et sans appréhension visuelle et effective d'effets pigmentaires ». Les « Photogrammes » d'Antonio Asis mettent en place des schémas compositionnels qu'il reprendra plus tard en peinture, comme la superposition décalée d'éléments en spirale, circulaires ou rectangulaires. Ces œuvres présentent des suites d'abstractions lumineuses où l'objet disparaît derrière l'impression de mouvement.

À partir de 1958, Antonio Asis approfondit ces thématiques en réalisant un nombre important de gouaches fondées sur l'usage répété d'un même motif abstrait. Il y a les études à l'encre en noir et blanc qui joue sur la superposition décalée de formes circulaires aux contours discontinus. C'est la naissance des « Interférences » auxquelles l'artiste restera fidèle durant toute sa carrière. Il privilégie le noir et blanc, qui constitue une réduction plastique en réponse à une volonté de se concentrer sur la question de la forme et non de la couleur dans sa recherche. Comme il l'a expliqué dans une interview, avec le noir et blanc, les « vibrations sont les plus évidentes car la couleur ne distraie pas. Les « Interférences » sont des formes circulaires qui créent une construction optique. 9Interview d'Antonio Asis, éditions MAK, Mike Art-Kunst, 2015 »

Enfin, apparait la couleur à la fin de l'année 1958 avec les premières « Touches colorées », qui montrent des compositions fondées sur la dissémination dans le plan de petits disques ou de cercles de couleurs. L'œil, sur-sollicité par les différents niveaux de perception visuelle produits par la répartition hasardeuse de ces multiples points colorés, ne peut se fixer sur la surface de l'œuvre.

En 1958, Asis réalise d'autres études sur papier qui correspondent à l'exploration de pistes qu'il ne poursuivra pas mais qui constituent des étapes décisives dans l'élaboration de son propre langage plastique. Il y a des compositions constituées de l'assemblage de surfaces carrées, conçues dans un esprit constructiviste, soumises aux opérations de glissements et de superpositions dans le plan. Antonio Asis en approfondira les données dans la décennie qui suit avec la série des « Trames quadrillées » en recourant au schéma régulier et ordonnateur de la grille.

Un petit dessin illustre son intérêt pour les formes en spirale et leur pouvoir dynamogénique, un autre évoquant une sorte d'atome ou champs magnétique, révèle une attention probable à l'art de Georges Vantongerloo. Ce dernier, qui ouvrait volontiers son atelier parisien aux jeunes artistes, avait concentré ses recherches sur l'expression plastique des lois et de l'unité universelles, élaborant notamment des « Corps à forme indéterminée » manifestant son intérêt pour l'invisible, l'immatériel et l'infini. 10Cf. Domitille d'Orgeval, « Le pèlerinage à l'atelier : l'isolement rompu de Georges Vantongerloo », in Georges Vantongerloo, 1886 - 1965 : un pionnier de la sculpture moderne : de la sphère à l'aurore boréale, Musée départemental Matisse, Cateau-Cambrésis, du 28 octobre 2007 au 2 mars 2008, Paris, Gallimard, 2007, p. 203-211

Les années 1960, ou la naissance d'une carrière

Au début des années 1960, Antonio Asis devient l'assistant de Soto et entame une amitié qui durera jusqu'à la mort de ce dernier. Durant cette décennie, il affirme son langage plastique et son identité artistique. Il évolue au sein du groupe des « Latino-américains à Paris » qui réunit les artistes abstraits géométriques venus s'installer comme lui à Paris, tels que Luis Tomasello (en 1957), Julio Le Parc (en 1958), mais aussi Francisco Sobrino, Horacio Garcia Rossi, Sergio Moyano et Demarco... Le phénomène est suffisamment important pour que la galerie Creuze décide de leur consacrer une exposition, 30 Argentins de la nouvelle génération (Paris, 1962), suivie trois ans après par l'exposition Artistes Latinos Américains de Paris au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris.

Asis est invité aussi à participer à des expositions majeures dans l'histoire de l'art optico-cinétique, notamment « Lumière et Mouvement » qui consacrera d'un point de vue institutionnel l'existence de ce mouvement en 1967 au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Parmi les nombreuses autres expositions muséales auxquelles Asis prendra part durant cette décennie, citons Licht und Bewegung, à Baden Baden, Mouvement et Lumière au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles en 1965, Art et mouvement au Musée d'Art Contemporain de Montréal en 1967, puis Cinétisme, Spectacle, Environnement à la Maison de la Culture de Grenoble en 1968.

Dans la continuité de ses travaux de la deuxième moitié des années 1950, Asis réalise un nombre important de reliefs à grille, forme d'expression à laquelle il restera fidèle durant toute sa carrière. Au fur et à mesure des années, il en diversifiera les formats (horizontaux, carrés), les dimensions (qui iront jusqu'à 2 mètres de large), les types de perforations des grilles (circulaires, carrés, rectangulaires). Mais c'est bien entendu dans ses choix compositionnels que le talent de l'artiste s'exprime, reposant sur l'emploi d'éléments géométriques simples (cercles, carrés, triangles, lignes), les jeux de trames, les séquences sérielles et modulaires, les associations chromatiques contrastées fondées sur les lois optiques. Ainsi, d'un relief à l'autre, la transformation des éléments géométriques en formes mouvantes, les effets d'ambiguïté spatiale et leur impact vibrationnel sont très variables, selon que l'artiste privilégie une approche contemplative ou, à l'inverse, recherche une confrontation plus directe et intense avec le spectateur. On remarque une certaine prédilection pour les reliefs à grille avec en trame de fond les motifs circulaires, l'artiste exploitant ingénieusement leur capacité à entraîner l'œil dans un mouvement giratoire incessant.

À l'occasion de l'exposition de 1967 « Lumière et Mouvement », Asis écrit un petit texte dans lequel il fait le point sur son travail : « Dans le cadre vibrationnel des couleurs de la plupart de mes travaux, je vais approfondir au maximum mes recherches concernant les objets qui provoquent un phénomène cinétique : grille, spirale, sphère. À noter que l'objet provoquant le mouvement que j'ai le plus utilisé à ce jour est la grille dont je me suis un peu détaché après que se soient posés à moi d'autres problèmes qui m'ont semblé plus important. 11Antonio Asis, cat. exp. Lumière et Mouvement, Paris, Musée d'art moderne de la Ville de Paris, mai-août 1967, n.p » L'artiste, effectivement, continue son entreprise de déstabilisation optique en donnant naissance à des situations visuelles inédites avec des reliefs intégrant des éléments mobiles telles que des spirales, des ressorts en métal ou des boules en liège.

Jusqu'alors, avec les « Reliefs à grille », le spectateur jouait un rôle actif dans le processus de construction et de déconstruction optique de l'œuvre. Désormais, il est invité à modifier l'aspect de l'œuvre par le biais de l'intervention manuelle. Les reliefs à « Boules tactiles » sont constitués de boules en liège montées sur des ressorts fixés à espace régulier sur un panneau, suivant une structure en grille rigoureuse. Un simple contact manuel suffit pour que les éléments stables et ordonnés de la composition vibrent, s'agitent, deviennent insaisissables. Tandis que l'on passe de l'ordre au chaos, du stable à l'instable, le spectateur acquiert le statut de co-créateur de l'œuvre puisqu'il peut décider de ce qui peut ou non bouger à l'intérieur du tableau. Cette approche tactile et manuelle de l'œuvre donne naissance à ce qu'Arnauld Pierre a nommé « une nouvelle forme d'empathie kinesthésique (...). 12Arnauld Pierre, « Énergies Chromatiques : l'œuvre de Antonio Asis », op. cit., p. 6 »

Cet appel à la participation du spectateur n'est pas sans conséquence sur le statut même de l'œuvre d'art : il porte atteinte à la sacralisation du geste créateur ainsi qu'à la conception traditionnellement admise d'un spectateur figé dans une position fixe et contemplative. Ces données nouvelles et transgressives, initiées quelques années auparavant en Argentine et à Paris par les Madís, seront développées par Asis dans sa production des années 1960. L'interaction du tactile et du visuel dans ses reliefs a été soulignée par le critique d'art Frank Popper dans son célèbre ouvrage Naissance de l'art cinétique : « Asis a ainsi créé par la manipulation de spirales un univers à la fois concret et fantastique, propre aux mots secrets et aux lumières réfléchies dans la troisième dimension. Dans toutes ses œuvres, le passage du tactile au visuel et vice et versa se fait d'une manière inattendue et suggestive. 13Frank Popper, cat. exp. Cinétisme, Spectacle, Environnement, Grenoble, Maison de la Culture de Grenoble, 1968, p. 28 »

Avec ses reliefs constitués de spirales métalliques, le spectateur est en prise avec les phénomènes de dilatation et de contraction qu'il avait déjà expérimenté à travers ses photogrammes. Il témoignera d'une grande inventivité dans leur déclinaison formelle, privilégiant toujours un emploi de couleur très limité et contrasté allant jusqu'à céder à la tentation du monochrome, avec des compositions montrant des boules blanches sur fond blanc, des spirales dorées sur fond doré, ou noires sur fond noir. Pour Antonio Asis, le recours au monochrome, qui était au cœur des interrogations esthétiques de l'avant-garde du moment, permet de renforcer l'impact vibrationnel de l'œuvre : « (...) Parmi les problèmes auxquels je faisais allusion tout à l'heure, celui qui va apparaître comme primordial est le rapport de deux couleurs semblables – soit un monochrome – mises côte à côte où l'une sous l'autre pour obtenir un cinétisme – soit un monochrome vibrationnelle. L'ombre, le reflet ou la partie lumineuse d'une couleur unique – qu'elle soit laquée sur une spirale ou sur une sphère, augmente le mouvement. 14Antonio Asis, cat. exp. Lumière et Mouvement, op. cit. »

Antonio Asis a particulièrement éprouvé l'efficacité dynamogénique du motif de la cible dans sa série des « Mouvements concentriques » qui réunit des œuvres constituées d'une succession de cercles concentriques, au centre desquels il fixe une boule de liège ou un ruban d'acier en spirale. Par l'utilisation conjointe des cercles concentriques et de la spirale, Asis attire le regard du spectateur vers le point focal de la toile pour mieux le déstabiliser. L'effet est encore plus marqué lorsqu'il multiplie, suivant une composition en grille, les cercles concentriques, sollicitant activement ainsi l'œil, qui devient prisonnier des secousses et des vibrations émises par l'alignement sériel et vertigineux de ces spirales. Par l'efficacité des phénomènes visuels qu'il déclenche, le motif plastique de la cible comme celui de la spirale, dans la lignée d'œuvres historiques emblématiques telles que le Disque (1913) de Robert Delaunay et les travaux optiques de Marcel Duchamp (Rotative demi-sphère de 1925 et Rotoreliefs de 1935), a connu une certaine popularité auprès des artistes cinétiques, notamment Tadasky, Tousignant, Le Parc, Apollonio. 15Ces cibles « polychromes » se distinguent catégoriquement d'une autre famille de cibles, généralement animées par un motif en spirale, peintes en noir et blanc, et qui se situent dans la lignée des travaux optiques de Marcel Duchamp (Rotative demi-sphère de 1925 et Rotoreliefs de 1935). On songe plus particulièrement aux cibles vibratiles de Vasarely, d'Yvaral, de Bridget Riley, de Marina Apollonio ou bien du groupe MID.

Exprimant avec ses reliefs le désir de sortir des limites du cadre traditionnel, Antonio Asis en dépassera totalement les frontières en 1967 avec son « Environnement de Boules tactiles » créé à l'occasion de la Biennale des jeunes à Paris. Il avait reçu la commande d'une œuvre monumentale destinée à orner l'entrée du Musée d'art moderne de la Ville de Paris composée de 6 sphères mobiles de 2 mètres de diamètre et de 27 mètres de large. Fort du succès rencontré avec cette œuvre inédite, l'année d'après, il présente un environnement semblable à la Maison de la Culture de Grenoble pour l'exposition « Cinétisme Spectacle Environnement », où cinq sphères en vinyle de deux mètres de diamètre, obstruant une salle entière, s'illuminaient de couleurs sous la caresse ou le contact forcé des spectateurs. Cette œuvre, qui invite à la manipulation sensorielle, est à rapprocher de l'environnement « Fiat Lux » (1967) d'Agam, qui proposait de transformer les sons émis par la voix ou le corps en lumière. Avec ses Boules tactiles, Asis, écrit Arnauld Pierre, « intègre le toucher et la proprioception au jeu électrique des conversions synesthésiques, en mettant en relation geste et vision colorée. 16Arnauld Pierre, « Énergies Chromatiques : l'œuvre de Antonio Asis », op. cit., p. 6 »

Les reliefs et les environnements d'Asis, revendiquant une approche plus vivante et ludique de l'œuvre d'art, étaient bien dans l'air du temps. L'artiste rejoignait effectivement les préoccupations de ses amis réunis au sein du GRAV, (le Groupe de Recherches d'Art visuel, fondé en 1961 et auquel appartenaient les sud-américains Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, Francisco Sobrino), dont les œuvres expérimentales et interactives comme celles installées dans le labyrinthe présenté en 1963 lors de la IIe Biennale de Paris, faisaient appel à la participation polysensorielle du spectateur, sans cesse poussé dans ses retranchements. Ces divers modes de perturbation spatio-visuels, visaient à affranchir le spectateur de ses inhibitions, à abolir les frontières entre l'art et la vie, en mettant l'ensemble de ses sens à l'épreuve. Dans ce même esprit, Asis exécutera des cubes montés sur ressort en 1969, à rapprocher des dalles instables ou des sièges mobiles à ressorts que le GRAV avait disposé dans Paris à travers leur manifestation « Une journée dans la rue » en 1966 17Cf le cat. exp. GRAV, Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, François Morellet, Francisco Sobrino, Joël Stein, Yvaral : stratégies de participation, Grav-groupe de recherche d'art visuel, 1960-1968, Le Magasin, Centre d'art contemporain de Grenoble, 7 juin-6 sept. 1998.

Parallèlement à ces œuvres monumentales, Asis a exécuté des œuvres sur papier de format plus modeste à travers lesquelles il poursuit ses recherches sur la vibration optique des couleurs. L'artiste s'est concentré sur des compositions en grille modulaires all over qui reposent sur la répartition homogène d'éléments géométriques simples et neutres comme le carré ou le cercle (l'artiste, contrairement par exemple à Vasarely, s'est toujours limité à l'utilisation d'un seul et unique motif plastique par composition). Une telle démarche, rappelons-le, trouve sa source dans l'art systématique des concrets zurichois (Max Bill, Richard-Paul Lohse...) dont il avait eu connaissance lors de ses années de formation en Argentine. À Paris, dans les années 1950-1960, le modèle de la grille offrant à la fois la possibilité d'objectiver la création mais aussi de bouleverser la surface statique de l'œuvre, a séduit nombre des contemporains d'Asis, tels que Soto, Vasarely, Le Parc.

Antonio Asis a réalisé dans un premier temps ses « Damiers blancs et noirs », qui témoignent d'un recours plutôt mesuré à la grille puisqu'il se limite aux seuls noir et blanc pour en éprouver la réversibilité et pousser les effets de contraste au maximum. Après avoir exécuté des œuvres jouant de l'alternance de cercles blancs sur fond noir, ou inversement, de cercles noirs sur fond blanc, Asis a progressivement exploré toutes les combinaisons possibles, vérifiant l'efficacité de la formule plastique mise en place. Ainsi, ces compositions où se succèdent de manière saccadée des demi-cercles blancs et noirs, orientés tantôt verticalement, tantôt horizontalement, obligeant l'œil à une gymnastique visuelle permanente.

Associé à la couleur, l'usage de la grille permet de faire vibrer la surface avec un nombre infini de teintes. Fort de sa connaissance des lois du contraste simultanée, il en contrôle ensuite précisément les gradations en recourant à des systèmes élaborés de numérotation. Avec les premiers « Carrés rythmiques », Antonio Asis met en place un principe compositionnel qu'il déclinera dans d'autres séries et qui repose sur l'entrecroisement de deux trames, chacune étant constituée d'une suite répétitive d'une quinzaine de carrés, appliqués sur la surface par touche séparée. La première trame est occupée par des couleurs vives, la seconde par des teintes plus pâles. Il en résulte une alternance qui transforme la composition en une mosaïque contrastée et papillotante, structurée néanmoins par les lignes orthogonales de la grille, aux tonalités tantôt claires (blanc, rose pâle, jaune pâle), tantôt foncées (noir, gris).

Avec la série des « Damiers à effets de profondeur » qui se situe dans le prolongement des « Carrés rythmiques », l'artiste conserve l'unité de la surface en laissant triompher une seule couleur, comme ici le rouge. Celle-ci est présentée dans ses dégradés continus et lumineux de façon à donner une impression de flottement d'un carré se détachant au-devant d'un espace plus profond, à la manière des « Hommages au carré » d'Albers (cf le rouge) qu'Asis appréciait particulièrement.

Dans cette approche sérielle et expérimentale de la création, Antonio Asis a créé une autre catégorie d'œuvre à trames, les « Pastilles rythmiques », où des petits cercles, égrenés à espace régulier, déclinent avec subtilité et douceur leurs gammes de pastels sur fond clair. Les « Pastilles rythmiques », proposant une rencontre avec les couleurs moins immédiate et directe, demandent un temps d'observation plus lent que les « Carrés rythmiques ». L'artiste aime associer les complémentaires et leurs dégradés, comme des tonalités rose-pêche et des verts pâles-mordorés. L'enchainement linéaire des cercles, doucement pulsatile, donne l'impression d'une œuvre en mouvement permanent.

Les années 1970

Les années 1970 chez Antonio Asis sont celles du plein épanouissement et de la reconnaissance. Il fonde le groupe « Position » en 1971 avec quatre autres artistes argentins, Hugo Demarco, Armando Durante, Horacio Garcia Rossi et Leopoldo Torres Agüero. Désirant mettre en place une stratégie collective d'exposition, les recherches du groupe, consacrées à l'expression du mouvement et des vibrations de la lumière, s'inscrivent dans la lignée des expérimentations du GRAV (Horacio Garcia Rossi avait participé au groupe, tandis que Demarco et Durante l'avaient fréquenté ponctuellement). Leurs propositions, qui présentent des jeux mobiles déclenchés par des mécanismes et par l'électricité, sont collectives et interchangeables. Néanmoins, leurs attributions correspondent aux spécialités de chacun : il y a ceux qui utilisent l'électricité comme Durante, Garcia Rossi et Demarco ; ceux qui s'intéressent aux expériences optiques produites par l'intermédiaire de grilles ou de surfaces monochromes animées par des spirales, comme Asis, et ceux préoccupés par la question de la vibration de la couleur comme Torres Agüero, Demarco et Asis également.

Le groupe a exposé durant deux ans à travers les grandes villes d'Europe, à commencer par Madrid à la galerie Sen, puis à Bruxelles à la Résidence Empain, à la galerie Sincron à Brescia, et la galerie Guénégaud à Paris. La dernière exposition du groupe qui se tient à Zurich à la galerie Les Ambassadeurs (catalogue et texte de Jacques Lassaigne), intitulée « Couleurs, lumière, mouvement » est assez conséquente : Asis y présente des pièces de productions récentes, parmi lesquelles une série de cubes de tailles différentes (blanches, rouges et métal), des boules tactiles de couleurs, des trames avec des grilles de métal de 1 x 1 m de différentes couleurs, avec également des ressorts, des spirales, ainsi que trois mouvements concentriques de 1966. Dans la préface du catalogue, le critique d'art Jacques Lassaigne décrit le caractère impalpable de l'ensemble des œuvres exposées, dont le mouvement permanent rend insaisissable « les formes créées (qui) s'animent en fonction de l'espace dans lequel elles peuvent même finir par évoluer d'une façon de l'espace, dans lequel elles peuvent même finir par évoluer d'une façon totalement indépendante, sans aucun lien, aucun fil secret qui les rattache à quelque chose d'existant ou de pesant. Art fugace, immatériel, impondérable, et qui partout et toujours, resurgit, sans précédent, sans référence, et, souhaitons-le, sans point de chute. »

En dehors des manifestations collectives du groupe Position, Antonio Asis a bénéficié de plusieurs expositions personnelles en France comme à l'étranger : en 1970 à la galerie Krebs à Berne, à la Maison de la Culture de Rennes en 1972, à la galerie La Polena de Gênes en 1975. On le trouve également dans des expositions collectives avec d'autres artistes cinétiques, comme 10 Kunstenaar van de Nieuwe Beelding, en 1973, au Centre Culturel International d'Anvers, avec Calos, Morellet, Sobrino, Stein, Garcia Rossi, entre autres. En 1975, il a participé au Centre Culturel d'Arras à L'œil en question, avec ses amis Luis Tomasello et Carlos Cruz-Diez.

Durant ces années, Antonio Asis s'est surtout consacré à ses travaux sur papier qui se classent en deux familles principales d'œuvres. La première explore le motif du cercle, avec les « Cercles concentriques » (dits aussi « Sphères »), et les « Interférences ». La seconde, qui appartient à la famille des « Trames quadrillées », développe les multiples possibilités de la grille dans la lignée des « Carrés rythmiques ». Elle se constitue de séries dont les appellations désignent les multiples effets d'optique recherchés par l'artiste : « Labyrinthes à effets de profondeur » « Diagonales régulières », « Diagonales irrégulières », « Progressions colorées », « Accélérations chromatiques »...

Entrepris dès la fin des années 1950, les « Cercles concentriques » ont retenu durablement l'attention d'Asis qui s'y est consacré avec une rigueur perfectionniste jusqu'à la fin de sa vie. Ces œuvres, de format souvent modeste, adoptent le principe structurel des cercles concentriques (comme l'indique leur titre), traités dans le plan, sans dégradé ni modelé. Elles se caractérisent par une grande délicatesse dans le choix des harmonies colorées, une extrême finesse dans l'exécution. L'artiste a décliné à travers une gamme de couleurs très large les accords de teintes contrastées, amplifiés par la démultiplication des cercles concentriques dont l'épaisseur et la distance n'est jamais la même. Lorsque les « Cercles concentriques » sont dégagés en leur centre et plus dense en périphérie, l'artiste les appelle « Sphères », probablement en raison de l'impression de volume virtuel qui en résulte. Asis aime également les associations inédites de couleurs, dont les rencontres imprévues peuvent dans un premier temps troubler, lorsque se côtoient par exemple un rose pâle et un ocre beige, un rouge éclatant et un violet ... Les impacts produits sur le spectateur par les « Cibles », suivant les interactions des valeurs chromatiques qui se relaient dans les cercles, sont très divers. Ici ce sont les phénomènes hypnotiques qui emportent le regard dans d'illusoires profondeurs ; là, les effets de creux et de renflements qui donnent une impression de respiration de la surface ; ailleurs, la fraîcheur des harmonies colorées qui crée une impression de pulsation douce.

Les « Interférences » sollicitent la vision de façon plus active par leur mouvement circulaire qui semble s'enchainer à l'infini. L'interaction des cercles fractionnés déclenche des phénomènes d'accélération optique, avec des lignes de rupture qui s'adressent à l'œil sur un mode dynamique. Jouant initialement sur l'association tranchée d'une seule couleur avec du blanc (noir et blanc, rouge et blanc, bleu et blanc), ces œuvres sont parcourues d'effets vibratoires dont l'intensité est plus ou moins renforcée suivant l'épaisseur de la ligne. Dans leur prolongement, les Interférences concentriques polychromes intègrent d'autres couleurs comme le gris, couleur neutre qui tempère les contrastes. Elles sont parfois fondées sur l'association parfois audacieuse de plusieurs couleurs (jaune, bleu, violet, rose, ocre, gris...) avec du blanc donnent naissance à des accords chromatiques plus chatoyants.

Par rapport à la décennie précédente, les « Trames quadrillées » d'Asis des années 1970 délaissent les tonalités éclatantes des « Carrés rythmiques » pour privilégier les jeux subtils de clair-obscur tout en explorant le pouvoir dynamogénique des couleurs. Ces œuvres résultent dans leur structure, comme on l'a déjà vu, de la répartition des tons et des valeurs au sein de deux trames. Ici, la première privilégie les couleurs vives et chaudes (déclinaisons de jaune, de rouge, de bleu), la seconde des couleurs plus sombres et froides (dérivant du gris généralement, parfois d'un brun-beige). Lors de leur tressage pictural, des phénomènes d'illusion spatiale se manifestent au-devant du fond traité en camaïeu, dont les tons se dégradent généralement suivant un mouvement qui va s'obscurcissant de la périphérie vers le centre.

Les « Labyrinthes polychromes », par la répartition éparse de couleurs franches, créent des phénomènes de saccade optique perturbant pour l'œil. Avec les « Labyrinthes à effets de profondeur », le cheminement de la spirale carrée concentrique, matérialisé par les multiples touches de couleur vive, se détache d'un fond en clair-obscur. Les « Diagonales simples » qui traversent d'un bout à l'autre la composition d'une ou plusieurs ondes lumineuses, dégagent une impression de fluidité facilitant la circulation du regard. Il en va de même avec les « Diagonales irrégulières », bien que l'œil soit confronté à un double mouvement plus déstabilisant. Avec les « Damiers à effets de profondeur », aux tonalités souvent grises, brunes, beiges, Asis fait émerger du fond de la composition en douceur des motifs quadrangulaires, créant ainsi une impression de halo et de flottement.

Les « Pastilles rythmiques » continuent de retenir l'attention de l'artiste qui, s'il apprécie toujours les accords doux et harmonieux des pastels, s'aventure par moment à associer cercles et couleurs vives : il en résulte une vibration intense de la surface rendant toute tentative de focalisation difficile, comme en témoigne « Accélérations chromatiques ».

Des années 1980 à aujourd'hui

L'art cinétique, après une période d'engouement qui s'est étendue des années 1960 aux années 1970, connaît à partir des années 1980 un succès plus limité. Pour Asis, cela se traduit par une actualité moins dense et par une participation essentiellement à des expositions collectives. Ainsi, en 1981, dans le cadre de la manifestation Petits formats d'artistes latino-américains à Paris, qui a lieu à l'Espace Latino-Américain, il présente ses travaux aux côtés d'artistes tels que Julio Le Parc, Gamarra, Guzman, Krasno, Maza, entre autres... En 1982, il prend part à « Künstler auw Lateinamerika » à la Daadgalerie de Berlin. L'année d'après, on le trouve dans diverses Biennales parmi lesquelles la 7e Biennale d'Arte Contemporaneo Struttura-Scultura à San Martino di Lupari dans la province de Padoue où Asis expose avec Garcia Rossi, Satoru Sato, Julio Le Parc et Colette Dupriez. Citons comme autre événement notable la manifestation 100 artistes de l'Amérique Latine qui se tient au Centre Culturel de Compiègne, auxquels participent aussi Le Parc, Novoa, Noé.

À la fin des années 1980, l'événement important pour Asis est l'exposition-vente qui se tient à l'Hôtel Drouot à Paris, Atelier Antonio Asis - Œuvres des années 50 à 70, et qui assurera la diffusion de ses œuvres dans les musées et collections privées. Dans les décennies qui suivent, la galerie Claude Dorval soutiendra l'artiste en 1995 avec l'exposition individuelle Expression visuelle, qui voyagera ensuite à la Galleria Arte Struktura de Milan, puis en 2004 avec l'exposition Asis-Garcia Rossi.

Il faudra attendre l'exposition Los Cinéticos qui se tient en 2007 au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid pour marquer le retour en grâce de l'art cinétique. Dans cette exposition, des réalisations majeures d'Asis sont exposées avec celles d'autres artistes historiques de l'art cinétique tels que Soto, Cruz-Diez, Le Parc. Enfin, la rétrospective qu'organisera la Sicardi Gallery à Houston, rendant hommage à 40 ans de créations en 2007, marquera une étape dans la reconnaissance de son travail, en réunissant des œuvres emblématiques ... Cet événement sera suivi par l'exposition Hommage à Antonio Asis chez Meyer Zafra à Paris.

Du côté des musées, citons en 2010 l'exposition Los Sitios de la abstracción latinoamericana au Es Baluard - Museu d'Art Modern i Contemporani de Palma de Majorque. Asis participe aussi à l'exposition collective Los Sitios de la abstracción latinoamericana - Ella Fontanals Cisneros au Haus Konstruktiv, Zurich. La consécration de l'artiste viendra avec la rétrospective qu'organise le Musée de la Universidad Nacional de Tres de Febrero, Antonio Asis, un universo vibrante, en 2012, et qui sera l'occasion de la première publication monographique conséquente sur l'artiste. Enfin, Asis sera représenté en 2013 dans des rétrospectives sur l'art cinétique, Dynamo au Grand Palais à Paris, et Let's Move!, à la Patinoire Royale de Bruxelles en 2015.

Animé par un esprit de recherche permanent, Antonio Asis a continué durant ces décennies à créer dans la solitude de l'atelier. Il a décliné avec une inventivité sans limite les différentes formules plastiques qu'il avait élaborées, réalisant des œuvres souvent de grand format pour les « Reliefs à grilles » et les « Interférences », poussant à son paroxysme leur capacité à envelopper le spectateur et à l'entraîner dans des situations d'instabilités visuelles et physiques. Pour autant, l'artiste a toujours eu une prédilection pour les œuvres aux dimensions plus intimistes, telles que les « Cibles » et les « Trames », auxquelles il se consacrait quotidiennement, tel un pianiste qui fait ses gammes. Il y a exprimé plus qu'ailleurs son talent d'alchimiste de la couleur, sa capacité à en explorer le potentiel vibratoire et les propriétés optiques. Antonio Asis, qui avait été de toutes les manifestations de l'art optico-cinétique des années 1960-1970, a bénéficié depuis une dizaine d'années de rétrospectives qui ont contribué à rappeler le rôle historique qu'il a joué au sein de ce mouvement majeur du XXe siècle.

Domitille d'Orgeval

Docteur en histoire de l'art contemporain, historienne de l'art et commissaire d'exposition, elle est spécialiste de l'abstraction géométrique et cinétique ainsi que des relations entre l'art et l'architecture au 20e siècle.